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Trophée Marie Agnès Péron - 11.X.2020

Dernière mise à jour : 17 nov. 2020

Dimanche 11 octobre à 21h37 : J-4 avant le départ

Quelque part entre l’archipel des Glénans et la pointe de Penmarch’.


Je suis mouillé, fatigué, je grelotte dans le fond de mon bateau en essayant de me reposer pour faire passer ce foutu mal de mer (si vous pensez que cette plaie ne touche que les non-initiés, détrompez-vous). Il reste encore minimum 6h pour arriver jusque Douarnenez, le port de départ de la prochaine course et je me demande sérieusement ce que je fais là. Ce n’est pas le fait d’être nauséeux qui pose un problème ; c’est que ça mine le moral ! « Qu’est ce que je viens chercher avec cette course ? De toute façon j’ai déjà fait assez de miles en course pour me qualifier pour la Transat alors pourquoi continuer à se faire du mal ? » Elle est justement là la réponse ; se mettre dans le rouge en entrainement pour que la compétition paraisse plus simple.


Jeudi 15 Octobre – jour du départ

Le départ est confirmé pour 13h, le parcours initial est maintenu (à cette période de l’année il y a toujours des incertitudes à cause de la météo) : une boucle de 220NM assez technique car nous naviguerons souvent proche des côtes où les effets de site et de courant vont jouer un rôle capital. J’ai beau le savoir, je vais me faire avoir comme un bleu en fin de course (désolé pour le spoiler 😉)






Quelques minutes avant le départ.




Cette photo est prise 15 secondes avant le départ, je suis idéalement placé, avec de la place pour manœuvrer et ne pas être gêné par d’autres concurrents. Pour une fois je prends un bon départ et me retrouve quelques minutes plus tard à passer la première bouée du parcours parmi les dix premiers. Mais au moment d’abattre pour hisser mon spi, CLAC ! Je me déboite l’épaule ; un chouette souvenir de mes années de rugby. Heureusement la tête de l’humérus connaît le chemin ; aussitôt sortie, aussitôt rentrée, mais je sais déjà que la course va être longue. C’est une gêne plus qu’une douleur et je sais que je vais devoir passer outre pendant 36h (sachant que ça peut arriver, j’ai toujours mon attelle dans le sac). L’adrénaline me fait vite oublier cette courte péripétie et me remet dans le match.

Pour la descente jusqu’à la pointe de Penmarch’, les prévisions météo annonçaient un vent médium, entre 11 et 15 nœuds mais Eole en a décidé autrement ! On part pleine balle sous spi puis Code 5 dans du vent a plus de 20 nœuds. Dans ces conditions, le bateau va vite mais on ramasse beaucoup d’eau sur le pont. Or en course au large, il y a ceux qui savent et ceux qui apprennent ! Les baskets et les seules chaussettes que j’ai prévues pour la course sont trempées dès la première vague et je vais devoir passer le reste de la course à pied nu dans mes bottes. Je ne savais pas encore; j'ai appris!

J’arrive à tenir le rythme jusqu’à la mi-parcours, mais de nouveau mon épaule fait des siennes en plein affalage du spi. Cette fois-ci ça fait mal. Je pars me coucher pendant une heure sans avoir remis de voile d’avant, en avançant uniquement avec la grand-voile. Une heure plus tard, les concurrents que je devançais de 2,5 miles sont à ma hauteur. On naviguera à vue jusqu’à l’arrivée sans jamais se quitter. La guéguerre commence.

En fin de course, je fais une bête erreur stratégique. Le vent est très faible et instable. En m’éloignant des cotes je vais me placer dans une zone sans vent. Les autres concurrents sont à 300m de moi en latéral mais je les vois me glisser sous le nez. C’est assez pour reperdre quatre places en un claquement de doigt.


Tenir le rythme lorsqu’on est dans un cycle de pensée positive, c’est facile, le vrai défi de la course c’est de réussir à maintenir le rythme dans les moments difficiles. Alors heureusement malgré les déconvenues et les moments de doutes, viennent les moments de plénitudes qui permettent de tout oublier et de repartir avec le moral gonflé à bloc et la furieuse envie de progresser. Comme dit Loïck Perron : « Lorsqu’on a le luxe de choisir ses souffrances, on n’a pas le droit de s’en plaindre ».

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