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1ère course de la saison : La Plastimo Lorient Mini

Le jeudi 15 avril partait de Lorient la première course de la saison 2021 ; un évènement phare du circuit Mini 6.50 qui permet de lancer le début des hostilités. La particularité de cette course est qu’elle se court en double : un exercice à part entière pour nous, qui avons l’habitude d’être seuls sur nos bateaux, avec nos petites routines et nos modes de fonctionnement propres à chacun. Mais comme on dit dans le milieu : « Tout seul on s’améliore, à deux on apprend ! ». C’est la raison pour laquelle j’ai décidé d’embarquer à bord du 935 (un Pogo3 comme le mien) appartenant à Nicolas Firket, afin de profiter de son expérience puisqu’il navigue sur son bateau depuis plus de trois ans. C’était également l’occasion de constituer un équipage 100% belge, ce qui est loin d’être légion dans ce sport ultra dominé par les Français. Nous étions donc 69 bateaux (soit 138 marins si mes calculs sont bons) à prendre le départ de cette « Plastimo Lorient Mini 2021 ».

Cette course arrive pour moi un mois et demi après la remise à l’eau du bateau. Six semaines durant lesquelles j’ai enchainé les entrainements, les formations et ai essayé de collecter un maximum de bons conseils à droite et à gauche afin de progresser le plus rapidement possible.

Quelques jours précédents le départ, il règne sur les pontons comme une ambiance de rentrée scolaire : il fait beau, tout le monde est ravi de pouvoir retourner naviguer et retrouver les autres concurrents que nous n’avions plus vu depuis la dernière course au mois d’octobre dernier.

L’évènement se déroule évidement à huit clos et deux tests PCR sont organisés le samedi et le mardi. Chapeau bas à toute l’équipe de Lorient Grand Large pour avoir permis l’organisation de cet évènement ! Derrière son masque, tout le monde a le sourire et a pleinement conscience de la chance que nous avons de pouvoir faire cette course.



Le parcours


Le parcours de cette course est relativement simple ; il n’y a pas de passage compliqué ou d’endroits dans lesquels il est facile de se faire piéger. Nous commençons par un parcours côtier et un tour de l’Ile de Groix en face de Lorient avant de partir au Sud de l’archipel de Glénan, remonter vers la pointe de Penmarch’ (se prononce « Pain Marre ») avant de redescendre sur un long bord vers l’ile d’Yeu puis retourner aux Glénan pour enfin rentrer à Lorient. Au total, 290 NM (Nautical Miles) soit 537 km.


Parcours de l’édition 2021 – Distance 290NM



La météo annoncée pour les deux jours à venir est plutôt engagée : entre 20 et 25nds de Nord Est, ce qui présage :

1°) Une course de vitesse avec un vent de travers par rapport au bateau (« Reaching-Reaching » comme dirait l’autre)

2°) Une mer relativement plate (puisque le vent souffle de la terre les vagues sont petites)

3°) Des nuits très (très) froides.

4°) Pas énormément d’options stratégiques : il faudra donc faire un bon départ afin de se placer directement avec les premiers (Spoiler Alert : ça ne sera pas notre cas !), être précis sur les réglages du bateau pour aller vite et faire des manœuvres propres et rapides (c’est l’avantage d’être en double).



Le départ et les premières erreurs


Le départ de la course est donné à 17h. C’est un départ au vent arrière, sous spi, ce qui n’est pas le plus commun et un exercice à part entière pour Nicolas et moi, qui sommes plutôt habitués à des régates côtières entre trois bouées avec un départ classique face au vent. Alors que nous savions que le départ était primordial pour la suite de la course et également pour le moral des troupes, nous manquons d’agressivité sur la ligne et notre mauvais placement par rapport au reste de la flotte fait que nous nous retrouvons impuissants, en plein milieu du peloton.



Départ sous spi dans la rade de Lorient


Derrière Groix, nous sommes pris dans les dévents de l’île et on se retrouve à l’arrêt, avec un groupe de 15 bateaux à moins de deux mètres les uns des autres, le spi encore hissé mais complètement dégonflé et ne portant rien, à cinq mètres d’une tête de roche apparente ; il faut garder son sang-froid. Puis sans crier gare, une risée de vent arrive, le spi se gonfle en un coup, le bateau démarre rapidement mais les safrans (ces pelles à tarte à l’arrière qui permettent de diriger le bateau) « n’accrochent » pas dans l’eau. Impossible de manœuvrer le bateau pendant quelques secondes, on part à la dérive, portés par le spi toujours plus puissant, en travers de la route des autres bateaux qui sont juste à coté de nous. Par miracle nous passons à 5cm derrière un bateau avant d’affaler le spi en catastrophe et repartir au près. Plus de peur que de mal mais nous avons perdu de précieux mètres dans cette affaire.



A l'arrêt dans les dévents de l'Île de Groix


A la première marque du parcours, nous sommes à la 25ème position, bien loin de nos espérance, mais la course est encore longue et il ne faut surtout pas baisser les bras. La voile est un sport à élimination direct : chaque erreur se paie cash ! Au départ tout le monde part à égalité puis à chaque erreur, tu recules dans le classement.

Le couteau entre les dents afin de réparer nos erreurs du départ



Une Première nuit à fond les ballons


Le tour de l’île de Groix bouclé, on part sous spi direction l’archipel des Glénan puis sous gennaker (une voile d’avant un peu plus plate que le spi). Avec la tombée de la nuit, la température baisse et le vent commence à monter jusque 25 nœuds. Comme nous sommes relativement proches des côtes et que le vent vient de la terre, la mer est plate et le bateau peut vraiment accélérer sans venir planter dans les vagues. Pour cela, on déplace tout le matériel le plus à l’arrière du bateau. L’équipier se place derrière le barreur, assis sur les 40 litres d’eau en bidon que nous avons pu embarquer.

Pour ne pas se faire distancer par les « scows » ce nouveau design bateaux à étrave ronde, très puissant dans ces allures entre 90 et 120° du vent, nous mettons tout en œuvre pour tirer un maximum du bateau. Grace à des accélérations à 17 nœuds, nous arrivons à grappiller cinq places et nous voila 20ème à la pointe de Penmarch’.



Lancé comme un V12 vers l’archipel des Glénan



Lors de la longue descente vers l’Île d’Yeu nous faisons le dos rond et tout en essayant de ne pas se faire distancer par le groupe de tête. On prépare le « bivouac » en alternant les siestes et le temps sur le pont. En effet nous sommes déjà trempés et le froid s’intensifie. Notre meilleur allié de la nuit sera la paire de gants de pécheurs que Nicolas a acheté 15 minutes avant le départ : de gros gants étanches avec de la moumoutte à l’intérieur. Impossible de faire autre chose que tenir la barre (et remonter des filets de poisson bien sûr) tant ils sont gros et peu pratique mais tellement agréables !!



La remontada continue


Après un passage de l’Île d’Yeu bien négocié, nous remontons au près vers Belle-île. Nous attendons une bascule du vent du Nord vers le Nord-Est et décidons de nous positionner en haut de la flotte afin de toucher ce nouveau vent en premier. Mais la fatigue se fait sentir et nous manquons de lucidité : le groupe de tête vient taper dans un nuage qui les ralenti et plutôt que d’aller au Nord pour éviter ce nuage qui s’évacue par le Sud, nous modifions trop tard notre route. Dans l’histoire, nous nous en sortons assez bien puisqu’un groupe de cinq bateaux se trouvant devant nous décide d’aller au Sud, peut-être pour accélérer et passer sous le nuage. Mais en déviant autant leur route, nous repassons devant eux lorsque les routes converges à l’arrivée de Belle-île : nous voilà 14ème.



Groupe de 5 bateaux partis au Sud 4h plus tard ils sont derrières nous




Le dénouement


Pour la fin de course, il s’agira encore d’une course de vitesse et de changement de voile à enchaîner proprement et rapidement ce que nous arrivons à faire pas trop mal malgré la nuit, le froid et la fatigue. Mais il reste un dernier choix à faire avant de rentrer dans la rade de Lorient : remonter en premier et longer la cote ou bien rester plus au large et remonter ensuite. Etant donné le courant, nous choisissons de rester au large alors que le bateau juste à cote de nous choisi l’option à la côte. Une option payante pour ce concurrent qui finira bien devant, nous laissant un gout amer dans la bouche. On apprendra une fois arrivée au ponton qu’il s’agissait de l’équipage de Benjamin Dutreux, skipper aguerri qui vient de terminer 9ème du dernier Vendée Globe. Sachant cela, la pilule est un peu plus facile à digérer 😉


Prochain rendez-vous le 22 mai à La Trinité-sur-Mer pour la « Mini en Mai » !

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